Thursday January 7, 2021 | HANDEL’S MESSIAH IN THE MEDIA (in French)

Le «Messie» en antidote

(Article paru le 10 décembre 2020 dans Le Devoir, par Odile Tremblay)

À pleins commerces, des rengaines guillerettes ou criardes ont beau asséner en anglais : « Santa Claus is Coming To Town », les clients masqués font la sourde oreille. Jingle Bell Rock aussi, c’est vraiment trop nul. On décroche, courant écouter chez soi des harmonies plus inspirées. Quand même, il manque quelques accords dans l’air pour réveiller l’esprit de ce Noël pas comme les autres.

Pas juste des partys. D’autres ingrédients du pudding des Fêtes apparaissent en rupture de stock. On s’en aperçoit tout à coup, songeant : « Tiens ! Pas de concerts dans les lieux de culte ! Quel dommage ! » La musique de saison a égaré en 2020 ses temples, comme tant d’arts orphelins.

Faut dire qu’on était nombreux en décembre à venir écouter dans une église ou une basilique des cantiques et des oratorios. Leurs chœurs et musiciens sont capables de mettre en extase une cohorte d’athées au royaume des croyants. En ce mois de froidure où la noirceur tombe trop vite, les traditions reprennent du poil de la bête et des plumes de l’ange. À propos, moi, je trouve les anges, vieux symboles pré-chrétiens, fort gracieux. Ils volent, jouent de la lyre, se posent en messagers des dieux. Ne jetons pas au feu les figures de la mythologie universelle. Ces archétypes ailés hantent nos rêves et se logent dans les méandres de nos inconscients. Respect pour leur poésie millénaire !

Fêtes commerciales certes que nos Noël, rimant avec champagne et cadeaux, mais s’y invitent ici et là une quête de beauté, voire de sens. D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Le Québec a besoin de retrouver ses racines de temps en temps, même celles qu’il a balayées après le joug du clergé longtemps subi.

Ce règne de l’Église est derrière nous. Parti. Envolé sans retour. Autant savourer les meilleurs legs d’un passé à l’eau bénite qui nous a marqués plus qu’on pense. Les pannes de mémoire collective n’aident guère les peuples à mieux se connaître. L’art religieux a traversé le temps, avec des chefs-d’œuvre musicaux, architecturaux, picturaux ou littéraires. Impérissable héritage culturel à préserver par-delà les rancunes enfouies et transmises, comme pan immense de notre histoire trop mal connue.

La trêve de Noël

Cette trêve du temps de Noël calme les irritations de plusieurs face au catholicisme de leur enfance ou de leurs pères. Soudain, de nombreux amateurs de ces concerts de l’avent se sentiraient bien fous de sacrifier l’éblouissante musique sacrée sur l’autel de leurs incroyances. Et puis tant d’églises conservent leur splendeur. Les vitraux, les fresques parfois, la hauteur des lieux dégagent une magie certaine.

Sous la voûte, on avait l’habitude encore l’année dernière de jeter un regard noir aux bavards du milieu du banc, ignorants des codes de silence, faute de mettre souvent les pieds dans une salle de concert ou un temple. Au rendez-vous pourtant, toutes ces générations assemblées pour les voix et les instruments en résonance intérieure.

Le virus rôde en 2020. Chacun s’encabane. Force est de s’incliner devant son pouvoir destructeur. Exit les concerts à l’unisson avec la foule. Bonjour les prestations virtuelles mêlant les douceurs du cocooning à la tristesse d’y égarer l’esprit de communion. « Alléluia en pyjama », comme chantait l’autre.

Alors, j’ai regardé le Messie de Haendel que l’Orchestre classique de Montréal nous présente en webdiffusion depuis l’oratoire Saint-Joseph jusqu’au 22 décembre. Et sous la baguette de Boris Brott (en première partie de Xavier Brossard-Ménard), l’envol des musiciens masqués, les voix de la soprano Elizabeth Polese, du ténor Marcel d’Entremont, du baryton Hugo Laporte et celle si chaude de la mezzo-soprano Rihab Chaieb me replongeaient dans l’ambiance requise, par la splendeur de l’oratorio de 1741. L’ensemble vocal Les Rugissants chantait d’harmonie.

Le temps des Fêtes paraîtrait vide sans son Messie interprété par des orchestres et des voix divers. Ce chef-d’œuvre, composé pour le temps de Pâques, devenu un classique de l’avent, Montréal l’a adopté comme plusieurs villes du monde.

Rejoice ! Rejoice ! L’exhortation lancée par la soprano me donnait envie d’oublier l’autre soir les déboires du temps. Au salon, quand le fameux Alléluia, sous la puissance des cordes et du chœur, a envahi l’espace sonore, sa joie profonde m’a pénétrée au fond de cette année pandémique, qui bouleversa la planète à coups de vies fauchées, d’économie à la dérive et d’avenir incertain. Et j’ai souhaité à tout le monde de puiser un peu d’espoir à sa source jaillissante.

Pur antidote à la déprime que cette œuvre lyrique religieuse dont la charge dépasse l’inspiration originale pour nous entraîner ailleurs, vers des mutations de valeurs que notre époque troublée appelle à son secours, toutes voix unies.

Messiah de Haendel : une magnifique mise en bouche

(Article paru le 16 décembre 2020 dans Éklectik Média, par Diane Beaudin)

 

La semaine dernière, nous avons eu l’occasion d’assister, en direct de l’Oratoire St-Joseph de Montréal, à la prestation de l’Orchestre Classique de Montréal sous la direction du maestro  Maestro Boris Brott, dans leur interprétation du Messiah de Haendel qui mettait en vedette la soprano Elizabeth Polese, la mezzo-soprano Rihab Chaieb, le ténor Marcel d’Entremont et le baryton Hugo Laporte, sans oublier l‘Ensemble vocal Les Rugissants ( sous la direction du chef Xavier Brossard-Ménard).

Tout d’abord, quelques mots sur l’Orchestre Classique de Montréal (anciennement l’Orchestre de chambre McGill) qui fut fondé en 1939 par le violoniste, chef d’orchestre et compositeur Alexander Brott et son épouse Lott Brott. Grâce à ses tournées sur cinq continents et à l’enregistrement de différents albums,  l’OCS s’est bâti une réputation internationale de laquelle ressort notamment son esprit novateur.

Quant à Boris Brott, le fils des fondateurs, né le 14 mars 1944,  il est un des chefs les plus réputés au Canada. En 1968, on lui décerne le 1er prix et une médaille d’or au sixième concours international de musique de Dimitri Mitropoulos à New York où il devient le chef adjoint de Leonard Bernstein de l’Orchestre Philarmonique de New York.  Il a reçu plusieurs titres honorifiques et a dirigé plusieurs autres orchestres au Canada et aux États-Unis.

Pour ce qui est de l’œuvre elle-même, peu besoin de présentation. C’est un oratorio pour chœur, solistes et orchestre que  Georg Friedrich Haendel a composé en 1741. Bien qu’écrite pour le temps de Pâques, il est devenu traditionnel, après la mort du compositeur, de jouer cette œuvre également dans le temps de l’Avant, puisque la première partie parle de l’annonce de la Venue et de la Naissance du Christ. Cet oratorio repose sur un livret en anglais de Charles Jennens  inspiré de la Bible.

Revenons maintenant à ce magnifique concert d’une exécution parfaite de la part de l’OCM ainsi que du chœur Les Rugissants. Un plaisir toujours renouvelé de les voir et surtout de les entendre. Des voix plus qu’harmonieuses, qui ont surement été choisies pour leur esprit d’ensemble. Quant aux solos, ils étaient tout simplement époustouflants. Chacun dans son registre a performé avec chaleur et passion. Elizabeth Polese , qui a une superbe voix au registre de soprano, nous a tout simplement émerveillés avec toute l’émotion qu’elle ressentait. Pour ce qui est de la mezzo-soprano Rihab Chaieb, elle était vraiment là où elle devait être, de même que pour le ténor Marcel d’Entremont qui a été remarquable. Il ne faut pas oublier le baryton, le montréalais Hugo Laporte , qui était sublime dans son interprétation. Chacun d’entre eux a offert une prestation hors du commun.

Quant à l’OCM, il a été égal à lui-même. Fait à souligner: dans le cadre d’un projet de mentorat offert par le Maestro Brott, le chef Xavier Brossard-Ménard a dirigé la première partie du concert alors que Monsieur Brott s’est installé au pupitre pour la deuxième partie. Le moment phare de ce concert fut évidemment l’Alleluia, avec toute la joie et l’enthousiasme que la naissance de Jésus amène, un moment toujours vibrant.

Un concert inoubliable, qui nous prépare aux réjouissances de Noël , du moins ce qui en sera permis, qui approche à grands pas. Ce concert sera disponible sur le Web jusqu’au 22 décembre 2020.  Vous pouvez vous procurer votre accès à   orchestre.ca  . Nous vous souhaitons un bon concert!